«L’effort mis dans l’enseignement est proportionnel au résultat»

Lors de la Magistrale, la cérémonie de remise des diplômes de l’EPFL et des prix, quelques minutes ont suffi à mettre en exergue les qualités d’enseignant de Paolo Ricci. Sur scène, par de simples démonstrations, il a prouvé à quel point la physique est «surprenante» selon son terme mais aussi à quel point il sait la rendre captivante. L’histoire d’amour commence au lycée, lorsqu’il a découvert la fusion nucléaire et la possibilité de créer une étoile sur terre pour produire de l’énergie. «J’ai trouvé ça fascinant, et j’ai pensé qu’il valait la peine d’y dédier un peu de temps, finalement j’y consacre ma vie.» Le chercheur au Swiss Plasma Center s’attèle à des simulations sur les ordinateurs les plus puissants au monde. En parallèle, sa vie, il la passe aussi à enseigner la physique aux étudiantes et étudiants de 1ère année. Interview.

Que signifie ce prix pour vous ?

De la joie. Plus de 250 étudiantes et étudiants suivent mon cours et c’est une belle reconnaissance. Mais cette «Polysphère d’Or» appartient aussi à «mon armée » d’assistantes et d’assistants et à toutes les personnes qui aident à mettre en place les expériences de physique réalisées durant le cours.

Comment avez-vous vécu l’enseignement durant la pandémie ?

L’année dernière était particulière, tous les enseignants et enseignantes ont fait un effort énorme pour réinventer leur façon d’enseigner. Avec l’équipe du Swiss Plasma Center, nous nous sommes beaucoup investis pour donner un cours de qualité en vidéo et maintenir l’interactivité. Bizarrement, je me suis senti plus proche des étudiantes et étudiants, même si je ne les voyais pas. Il y avait beaucoup d’interactions dans le chat. C’est incroyable ce qu’ils ont fait, ils ont tenu bon, ont démontré de la résilience.

(Voir à 1:45 la remise de la «Polysphère d’Or» à Paolo Ricci)

Quelle est votre vision de l’enseignement ?

Je donne un cours de base, j’ai donc une grande responsabilité, car je dois construire les fondations. Mon but est de fournir une façon de penser, d’approcher un problème. D’équiper les étudiantes et étudiants avec une structure mentale qui leur servira tout au long de leur vie. Je pense que l’effort qu’on met dans l’enseignement est proportionnel au résultat. Cela nécessite de l’investissement.

Je mélange les supports, slides, calculs au tableau, vidéos, expériences, discussion des problèmes. Selon moi, tout en usant de techniques innovantes, il faut valoriser l’enseignement traditionnel. Je suis un partisan de la craie et du tableau noir qui donnent le temps de réfléchir, de penser.

Est-ce qu’une enseignante ou un enseignant vous a particulièrement inspiré ?

Oui, le professeur Ambrogio Fasoli, directeur du Swiss Plasma Center et vice-président associé pour la recherche. C’est lui qui m’a le plus transmis sur l’enseignement, l’importance de varier les supports, d’encourager les interactions, de s’impliquer. Aux Etats Unis, lorsque j’ai travaillé comme postdoctorant au Dartmouth College, j’ai aussi pu observer la manière d’enseigner à «l’américaine», dans laquelle c’est seulement quand on arrive à se faire comprendre qu’on est perçu comme intelligent.

Avez-vous un souvenir particulier de votre vie d’étudiant ?

J’ai plein de souvenirs avec mes copains. Côté études, à Turin, où j’ai effectué mon master, même si les moyens à disposition n’étaient pas les mêmes qu’ici, la qualité d’enseignement était excellente.

Une enseignante ou un enseignant auquel vous ne souhaiteriez surtout pas ressembler ?

Ma prof de latin au lycée. Ça ne collait vraiment pas. Je crois qu’elle m’avait pris en grippe. Le résultat est que je ne suis pas devenu un latiniste…

Et vous avez réalisé un beau parcours professionnel. Est-ce qu’il y a une étape marquante dans celui-ci ?

Oui, lorsque mon enseignant de physique de plasmas à Turin m’a offert l’opportunité de travailler pour sa recherche. C’est notamment grâce à lui que j’ai pu être engagé au Laboratoire national de Los Alamos aux Etats Unis pour y effectuer mon doctorat.

Qu’est-ce qui vous passionne dans la fusion ?

La complexité d’un système physique, chercher à isoler les éléments pour mieux les comprendre et le remettre ensemble. Et le fait de pouvoir créer une énergie propre, sans émission de gaz à effet de serre. C’est un projet de très long terme, mais il est jalonné de petites étapes et de succès, avec des découvertes réjouissantes.

Author(s): Laureline Duvillard
Importé depuis EPFL Actu