Les projets interdisciplinaires séduisent toujours plus de personnes

Une fusée qui s’envole jusqu’à 3167 mètres d’altitude et sacre l’EPFL Rocket Team championne de la compétition européenne EuRoC. Un bateau solaire, le «Dahu», réalisé par les étudiantes et étudiants de Swiss Solar Boat, qui remporte la 2e place au Monaco Solar and Energy Boat Challenge. « Argos », un Rover créé par l’équipe d’EPFL Xplore, premier du genre conçu sur le campus, et détenteur d’une 3e place à l’European Rover Challenge. L’EPFL Racing Team décrochant avec sa monoplace de course électrique la 5e place à l’épreuve tchèque de la Formula Student. Ou encore l’équipe de SP80 et l’élaboration d’un prototype modèle réduit de leur bateau destiné à «pulvériser» le record du monde de vitesse à la voile en 2022.

Derrière ces réussites et les avancées de chacun des 15 projets MAKE soutenus par l’EPFL en 2021, se cache un dispositif que l’Ecole élabore depuis 10 ans pour favoriser l’apprentissage par la pratique et l’interdisciplinarité. «Ces succès sont la pointe de l’iceberg d’un écosystème et d’une mise en réseau de compétences et d’équipements que nous essayons sans cesse de consolider et d’améliorer», remarque Pascal Vuilliomenet, responsable des Discovery Learning Labs.

Des espaces comprenant des équipements de pointe et des spécialistes métier à disposition des étudiantes et étudiants pour leurs projets, et des enseignantes et enseignants pour leurs travaux pratiques. «Pouvoir compter sur des équipements, un encadrement et des ressources permet à de jeunes professeur·es de proposer des travaux pratiques, à l’image de Josie Hugues qui a initié le projet interdisciplinaire AgriFood (lire encadré ci-dessous) pour les étudiantes et étudiants de Master», souligne Pascal Vuilliomenet.

Motivation intrinsèque

L’encouragement de l’apprentissage par la pratique passe en effet par différents formats. «L’objectif est d’offrir aux étudiantes et étudiants l’opportunité de travailler sur des projets au long de leur cursus, en fonction de leurs compétences et connaissances», note Julien Delisle, coordinateur des projets MAKE. Entre ces derniers, les projets de semestre Bachelor ou Master, ceux liés au SKIL ou à un cours, les étudiantes et étudiants de l’EPFL ont diverses possibilités d’étoffer leurs compétences, selon leurs envies et surtout le temps qu’ils désirent investir.

«En 2021, les projets MAKE ont représenté plus de 2000 crédits. A titre d’exemple, un projet comme EPFL Racing Team constitue à lui seul plus de 90’000 heures de travail cumulées. Ces projets fonctionnent principalement grâce à la motivation intrinsèque des étudiantes et étudiants, et leur investissement en temps s’avère toujours largement supérieur aux crédits qu’ils reçoivent», précise Julien Delisle.

Une étude menée par des membres du Centre d’appui à l’enseignement de l’EPFL (CAPE) et du Centre LEARN montre d’ailleurs que c’est avant tout la motivation intrinsèque qui pousse les étudiantes et étudiants à s’engager dans un projet, c’est-à-dire la curiosité, l’envie d’apprendre ou encore de relever de nouveaux défis. Les personnes sont donc prêtes à consacrer de nombreuses heures à leur projet. Et c’est payant, puisque les étudiantes et étudiants acquièrent de nouvelles compétences.

Ces projets fonctionnent principalement grâce à la motivation intrinsèque des étudiantes et étudiants, et leur investissement en temps s’avère toujours largement supérieur aux crédits qu’ils reçoivent.

Julien Delisle, coordinateur des projets MAKE

«Prototypage, recherche de sponsors, élaboration d’un budget, règles de sécurité, questions juridiques, assurances, ressources informatiques, propriété intellectuelle, communication, les projets englobent de nombreux aspects. Nous accompagnons les étudiantes et étudiants grâce à l’aide des personnes expertes dans chacun de ces domaines. Il y a un aspect pédagogique à conseiller les étudiantes et étudiants sur ces thématiques, et sans l’aide des différentes unités de l’école impliquées, il serait difficile de réaliser de tels résultats», relève Julien Delisle.

Insertion professionnelle facilitée

Pour concrétiser leur projet, les étudiants et étudiants bénéficient de l’expertise du personnel scientifique et administratif, des enseignant·es, des ateliers professionnels et d’une quarantaine de laboratoires. Ils·elles tissent aussi des liens avec des actrices et acteurs hors du milieu académique, ce qui favorise leur insertion professionnelle par la suite. «Dans certaines industries, comme celle de l’automobile, avoir participé à une compétition comme la Formula Student devient même un prérequis», explique Julien Delisle.

Ces succès sont la pointe de l’iceberg d’un écosystème et d’une mise en réseau de compétences et d’équipements que nous essayons sans cesse de consolider et d’améliorer.

Outre les connaissances théoriques et pratiques, les projets mobilisent des compétences transversales recherchées, par exemple le fait de savoir travailler en équipe avec des personnes de différentes disciplines. L’étude menée par les membres du CAPE et du Centre LEARN a montré que les étudiantes et étudiants acquièrent notamment une meilleure capacité à gérer les risques liés au projet. Par contre, la gestion du temps, la coordination et la communication au sein de l’équipe, comme la recherche de ressources constituent encore des difficultés.

«Notre rôle est d’aider les étudiantes et les étudiants à les surmonter en optimisant les appuis à disposition. Nous devons trouver le bon niveau d’autonomie et d’accompagnement, notent Julien Delisle et Pascal Vuilliomenet. Nous travaillons régulièrement avec des conseiller·ères en pédagogie du CAPE pour le suivi des projets. Nous sommes également en train de développer une plateforme qui centralise l’information et facilite la réalisation d’un projet. Nous cherchons constamment à améliorer le dispositif pour offrir à un maximum d’étudiantes et étudiants les meilleures opportunités d’apprentissage.»

En 2022, selon les estimations, plus de 1000 étudiantes et étudiants seront impliqués dans une vingtaine de projets MAKE. Le mois de mars marquera aussi l’inauguration du DLL prototypage mécanique et électronique, soit plus de 1500 mètres carrés, englobant un espace de rencontre et d’échange, des ateliers, une salle d’informatique, une salle de projection 360 degrés et la possibilité d’accueillir des séminaires, des cours ou des réunions.

Les nouveaux projets soutenus

Pour l’année académique 2021-2022, le comité de sélection des projets MAKE a décidé de soutenir cinq nouveaux projets qui s’inscrivent pour la plupart dans une optique de durabilité.

Un habitat low-tech

Ce projet vise à démontrer qu’il est possible de créer un habitat low-tech en milieu urbain grâce à la réutilisation de composants d’anciennes constructions. L’objectif est d’élaborer d’ici l’été 2023 un « habitat circulaire » puis un «pavillon communautaire» d’ici l’été 2024.

AgriFood

Pour ce projet semestriel, des équipes interdisciplinaires de 3 à 5 étudiantes et étudiants de Master devront élaborer et présenter une proposition de développement d’un système robotique destiné à aider les systèmes agroalimentaires. À la fin du projet, les équipes présenteront et feront la démonstration de leur solution lors d’un événement devant des membres de l’université et de l’industrie.

Capturer le carbone

L’objectif de ce projet est de développer une solution durable, peu coûteuse et évolutive de capture directe de carbone dans l’air. Pour ce faire, l’équipe table sur une technologie basée sur des membranes de capture de carbone qui permettent d’extraire le CO2 directement de l’atmosphère et de l’enfermer dans des formations géologiques souterraines. L’équipe du projet participera à la compétition XPRIZE Carbon Removal, qui est financée par Elon Musk et propose au vainqueur une bourse de 100 millions de dollars.

Design for sustainability

Ce programme réunit des étudiantes et étudiants de l’EPFL et de l’ECAL. Ces derniers partent d’une feuille blanche et travaillent en équipes interdisciplinaires pour concevoir et développer des interventions sur différentes thématiques comme la consommation des ménages, l’automatisation du lieu de travail ou encore l’apprentissage tout au long de la vie. Les étudiantes et étudiants doivent s’assurer de donner une place centrale à la durabilité dans leur proposition, de la conception de leur intervention jusqu’à la réalisation d’un prototype.

Robocup

Participer à la compétition internationale RoboCup dans la catégorie @Home, tel est le but de ce projet qui implique la création interdisciplinaire d’un robot de service capable d’effectuer des tâches d’assistance grâce à ses fonctions de locomotion, de manipulation et de perception.

Author(s): Laureline Duvillard
Importé depuis EPFL Actu