Un cours pour fabriquer ce que l’on veut

L’idée est simple. Dans le cours intitulé « Conception des produits et ingénierie des systèmes », des étudiantes et étudiants de l’EPFL doivent concevoir un objet qui sert à quelque chose. « C’est la seule consigne que nous leur donnons », révèle Yves Bellouard, professeur et directeur du laboratoire Galatea de la faculté des sciences et techniques de l’ingénieur. Créé en 2016, le concept du cours est de stimuler le travail en équipe et de vivre la conception de produits depuis l’idée, jusqu’à la fabrication d’un prototype. Par groupe de six, les étudiants disposent de trois mois pour effectuer une étude de marché, construire un prototype, le présenter et écrire un rapport technique avec une proposition de brevet pour protéger leur idée. Le tout avec un budget maximal de 500 francs. « Le but est de les pousser à l’innovation. Cette année, les différentes équipes nous ont proposé des choses spectaculaires. Certains projets méritent d’être commercialisés », se réjouit le professeur. « Un précédent projet est d’ailleurs devenu une start-up », ajoute Edoardo Charbon, professeur et directeur du laboratoire d’architecture quantique de la faculté des sciences et techniques de l’ingénieur, qui co-encadre le cours depuis 2017.

Un pilulier pour personnes âgées

Cette année, deux groupes ont décidé de concevoir un distributeur automatique de médicaments destiné aux personnes âgées. « Après nous être renseignés auprès de médecins, nous avons constaté que les personnes qui ont plus de 65 ans prennent entre deux à trois comprimés par jour. En proposant cette machine, nous voulons favoriser leur autonomie », précise Titouan Marois, étudiant. L’appareil se nomme Pill it. Elle est composée de trois roues. Une pour le matin, une pour midi et une pour le soir. Chacune d’elle comporte 31 compartiments pour chaque jour du mois. « On remplit la machine puis elle distribue des médicaments pendant un mois, explique l’étudiant. Notre prototype fonctionne un peu comme une machine à café puisqu’elle libère la dose de médicament dans un petit gobelet. » Le tout est associé à une montre connectée qui vibre pour rappeler à l’usager le moment de la prise et peut aussi servir à alerter un proche en cas de malaise ou d’accident.

L’équipe de Myriam Rihani a aussi fabriqué un distributeur de pilule nommé Drug minder. « Nous avons choisi de créer des tiroirs. Chacun d’entre eux contient un type de médicament. C’est ensuite la machine qui procède au mélange et dispense les bonnes compositions », explique l’étudiante.

Déchets aquatiques et analyse de l’eau

D’autres étudiants se sont intéressés à l’environnement. Un groupe a construit Fluenta, une poubelle flottante qui récupère les déchets en utilisant la force des courants. « La structure est composée de matériaux recyclés. Elle est fixée au fond de l’eau avec une encre », explique Florian Maître, étudiant. Son équipe a conçu une trappe qui empêche les détritus de ressortirent de la cage. « Il faut ensuite aller vider cette poubelle tous les deux jours », précise Philippine Milward, étudiante.

“Fluenta”, la poubelle lacustre. © Alain Herzog 2022 EPFL

Un autre groupe a créé un robot capable de récolter des échantillons d’eau à différentes profondeurs. Le dispositif nommé Seampler est muni de plusieurs tubes vides. Une fois sous l’eau, les tubes se remplissent aux profondeurs choisies. « Le plastique s’avère un problème majeur dans l’eau. Cependant avant d’aller le rechercher, il faut savoir où se trouvent les déchets. Ce qui n’est pas toujours aisé », explique Lara Laamari, étudiante. L’eau récoltée est ensuite envoyée dans un laboratoire qui détecte la présence ou l’absence de micro plastique.

Obtenir de l’eau potable par évaporation

Le groupe de l’étudiante Costanza Baudino a conçu une machine qui filtre l’eau sale en recourant à l’énergie solaire. Nommé Aquacycle, le dispositif purifie l’eau par évaporation et condensation. « En général, l’évaporation à travers un filtre n’est pas utilisée pour obtenir de l’eau potable, car le processus prend beaucoup de temps. Nous avons décidé d’accélérer ce phénomène avec l’énergie solaire qui va faire chauffer puis évaporer l’eau », explique l’étudiante. « La structure de notre prototype n’est pas compliquée, mais très pratique », ajoute Leonardo Cele’, étudiant.

Aquacycle © 2022 EPFL

Le meilleur cours

Au-delà de l’aspect technique des différents projets, les étudiants ont appris à travailler à plusieurs et à se répartir les tâches. Pour certains, la gestion du groupe s’est révélée un véritable défi. « Pour nous, il a été difficile de déterminer qui s’occupait de quoi et comment se diviser le travail », explique Costanza Baudino. Pour d’autres, comme Philippine Milward et Florian Maître, la cohésion d’équipe a toute de suite été bonne. Lara Laamari a, quant à elle, apprécié la liberté que les professeurs leur ont offerte. « Nous pouvions réaliser ce que nous voulions. À nous de gérer le budget, le temps et nous répartir les tâches. Les professeurs et leurs assistants étaient présents pour nous conseiller et nous encadrer », explique-t-elle. Pour Titouan Marois, il s’agit du meilleur cours du master en microtechnique. « Nous n’avons pas appris de nouveaux aspects techniques, mais nous avons acquis des compétences dans des domaines variés tels que le marketing, ou la gestion d’équipe », révèle-t-il. Mais ce qu’il a préféré plus que tout a été d’aller fabriquer sa machine dans les ateliers.

Author(s): Valérie Geneux
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Un cours pour fabriquer ce que l’on veut

L’idée est simple. Dans le cours intitulé « Conception des produits et ingénierie des systèmes », des étudiantes et étudiants de l’EPFL doivent concevoir un objet qui sert à quelque chose. « C’est la seule consigne que nous leur donnons », révèle Yves Bellouard, professeur et directeur du laboratoire Galatea de la faculté des sciences et techniques de l’ingénieur. Créé en 2016, le concept du cours est de stimuler le travail en équipe et de vivre la conception de produits depuis l’idée, jusqu’à la fabrication d’un prototype. Par groupe de six, les étudiants disposent de trois mois pour effectuer une étude de marché, construire un prototype, le présenter et écrire un rapport technique avec une proposition de brevet pour protéger leur idée. Le tout avec un budget maximal de 500 francs. « Le but est de les pousser à l’innovation. Cette année, les différentes équipes nous ont proposé des choses spectaculaires. Certains projets méritent d’être commercialisés », se réjouit le professeur. « Un précédent projet est d’ailleurs devenu une start-up », ajoute Edoardo Charbon, professeur et directeur du laboratoire d’architecture quantique de la faculté des sciences et techniques de l’ingénieur, qui co-encadre le cours depuis 2017.

Un pilulier pour personnes âgées

Cette année, deux groupes ont décidé de concevoir un distributeur automatique de médicaments destiné aux personnes âgées. « Après nous être renseignés auprès de médecins, nous avons constaté que les personnes qui ont plus de 65 ans prennent entre deux à trois comprimés par jour. En proposant cette machine, nous voulons favoriser leur autonomie », précise Titouan Marois, étudiant. L’appareil se nomme Pill it. Elle est composée de trois roues. Une pour le matin, une pour midi et une pour le soir. Chacune d’elle comporte 31 compartiments pour chaque jour du mois. « On remplit la machine puis elle distribue des médicaments pendant un mois, explique l’étudiant. Notre prototype fonctionne un peu comme une machine à café puisqu’elle libère la dose de médicament dans un petit gobelet. » Le tout est associé à une montre connectée qui vibre pour rappeler à l’usager le moment de la prise et peut aussi servir à alerter un proche en cas de malaise ou d’accident.

L’équipe de Myriam Rihani a aussi fabriqué un distributeur de pilule nommé Drug minder. « Nous avons choisi de créer des tiroirs. Chacun d’entre eux contient un type de médicament. C’est ensuite la machine qui procède au mélange et dispense les bonnes compositions », explique l’étudiante.

Déchets aquatiques et analyse de l’eau

D’autres étudiants se sont intéressés à l’environnement. Un groupe a construit Fluenta, une poubelle flottante qui récupère les déchets en utilisant la force des courants. « La structure est composée de matériaux recyclés. Elle est fixée au fond de l’eau avec une encre », explique Florian Maître, étudiant. Son équipe a conçu une trappe qui empêche les détritus de ressortirent de la cage. « Il faut ensuite aller vider cette poubelle tous les deux jours », précise Philippine Milward, étudiante.

“Fluenta”, la poubelle lacustre. © Alain Herzog 2022 EPFL

Un autre groupe a créé un robot capable de récolter des échantillons d’eau à différentes profondeurs. Le dispositif nommé Seampler est muni de plusieurs tubes vides. Une fois sous l’eau, les tubes se remplissent aux profondeurs choisies. « Le plastique s’avère un problème majeur dans l’eau. Cependant avant d’aller le rechercher, il faut savoir où se trouvent les déchets. Ce qui n’est pas toujours aisé », explique Lara Laamari, étudiante. L’eau récoltée est ensuite envoyée dans un laboratoire qui détecte la présence ou l’absence de micro plastique.

Obtenir de l’eau potable par évaporation

Le groupe de l’étudiante Costanza Baudino a conçu une machine qui filtre l’eau sale en recourant à l’énergie solaire. Nommé Aquacycle, le dispositif purifie l’eau par évaporation et condensation. « En général, l’évaporation à travers un filtre n’est pas utilisée pour obtenir de l’eau potable, car le processus prend beaucoup de temps. Nous avons décidé d’accélérer ce phénomène avec l’énergie solaire qui va faire chauffer puis évaporer l’eau », explique l’étudiante. « La structure de notre prototype n’est pas compliquée, mais très pratique », ajoute Leonardo Cele’, étudiant.

Aquacycle © 2022 EPFL

Le meilleur cours

Au-delà de l’aspect technique des différents projets, les étudiants ont appris à travailler à plusieurs et à se répartir les tâches. Pour certains, la gestion du groupe s’est révélée un véritable défi. « Pour nous, il a été difficile de déterminer qui s’occupait de quoi et comment se diviser le travail », explique Costanza Baudino. Pour d’autres, comme Philippine Milward et Florian Maître, la cohésion d’équipe a toute de suite été bonne. Lara Laamari a, quant à elle, apprécié la liberté que les professeurs leur ont offerte. « Nous pouvions réaliser ce que nous voulions. À nous de gérer le budget, le temps et nous répartir les tâches. Les professeurs et leurs assistants étaient présents pour nous conseiller et nous encadrer », explique-t-elle. Pour Titouan Marois, il s’agit du meilleur cours du master en microtechnique. « Nous n’avons pas appris de nouveaux aspects techniques, mais nous avons acquis des compétences dans des domaines variés tels que le marketing, ou la gestion d’équipe », révèle-t-il. Mais ce qu’il a préféré plus que tout a été d’aller fabriquer sa machine dans les ateliers.

Author(s): Valérie Geneux
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