Le Prix Durabilis consacre trois projets appliqués sur le climat

Trente-trois candidatures ont été examinées en 2021 par le jury du Prix Durabilis, composé de représentantes et représentants de l’Université de Lausanne, de l’EPFL, d’un inspecteur cantonal des forêts et d’un journaliste. Les trois travaux sortis gagnants de cette quinzième édition émanent tous de la section des Sciences et Ingénierie de l’environnement (SIE) à la Faculté de l’environnement naturel, architectural et construit (ENAC) de l’EPFL.

Lors de la remise du prix, le 2 décembre 2021 à l’EPFL, le président du jury Augustin Fragnière, directeur adjoint du Centre de compétences en durabilité de l’Unil, a relevé que les projets lauréats se caractérisent tous cette année par des aspects pratiques qui améliorent la compréhension des moyens de lutte contre le dérèglement climatique. Il a également remercié le syndic d’Ecublens, présent à la cérémonie, pour le soutien de la commune à ce prix.

Compensation carbone : quelle stratégie ?

La première lauréate, Julie Reznicek, a fait son Master au Laboratoire d’économie urbaine et de l’environnement en section SIE. Pour son mémoire intitulé « Développement d’une stratégie de compensation des émissions carbone de l’EPFL », réalisé dans le cadre de la démarche du Plan climat campus de l’EPFL, elle a analysé cinq types de projets de compensation carbone réalisables en Suisse : la production de biochar, un charbon d’origine végétale obtenu par pyrolyse de biomasse ; la renaturation de hauts-marais, qui consiste à remettre en eau des zones desséchées afin de limiter la décomposition de la matière organique et donc la production de méthane ; les projets forestiers, à travers la gestion optimisée des forêts et la production accrue de produits en bois suisse ; la pose de panneaux photovoltaïques en VPPA (pour Virtual Power Purchase Agreement), signifiant que l’électricité générée est envoyée dans le réseau électrique ; et enfin l’installation de panneaux géothermiques, qui récupèrent la chaleur des sous-sols pour approvisionner une pompe à chaleur.

Pour l’étudiante, l’objectif initial, qui était de choisir « la » meilleure option pour l’EPFL, a finalement dévié vers une question plus profonde : « Est-ce la meilleure solution que d’investir dans des projets de compensation pour pouvoir prétendre à une neutralité carbone, et plus spécifiquement pour une école polytechnique fédérale ? ». Julie Reznicek y a clairement répondu lors de sa présentation orale :

Une école d’ingénieurs comme l’EPFL ferait mieux de chercher des solutions technologiques innovantes plutôt que de tout miser sur la compensation carbone.

Julie Reznicek, diplômée de Master en SIE et lauréate du Prix Durabilis

Le jury du Prix Durabilis a souligné « la profondeur et la rigueur de ses analyses » et estimé que son travail contribue « à mieux orienter la politique climatique de l’EPFL ».

Ecosystème urbain : des outils de pilotage

Le projet de Marine Manche et Quentin Chiche, réalisé dans le cadre d’un design project du Master en SIE, visait quant à lui à développer un outil de gestion pour monitorer la durabilité en Ville de Fribourg et évaluer la résilience de son écosystème urbain. A travers une méthodologie collaborative avec les parties prenantes concernées, les étudiants ont défini 17 enjeux pertinents et 38 indicateurs, qui ont été assemblés dans un instrument appelé « roue de la durabilité », permettant de visualiser et suivre l’évolution temporelle de chaque indicateur.

L’approche collaborative a fait émerger des choses dont on n’a pas conscience en tant qu’ingénieurs.

Marine Manche et Quentin Chiche, étudiants en section SIE et lauréats du Prix Durabilis

Pour le jury du prix, ce « système ingénieux » sous forme de roue permet « d’appréhender de manière systémique les multiples dimensions de la durabilité ». De plus, « l’outil développé pourrait aisément être appliqué et adapté à d’autres contextes ».

Empreinte carbone : les leviers d’action

Enfin, dans le cadre du cours « Analyse du Cycle de Vie », toujours en SIE, Alexis Barrou, Edouard Cattin et Blanche Dalimier ont produit l’étude “Annual Carbon Footprint of an Average Swiss Resident and of his/her Key Actions” (« Analyse de l’empreinte carbone d’un·e résident·e Suisse et de ses actions »), visant à identifier des leviers d’action possibles pour aider les individus à réduire leur impact climatique.

Pour atteindre cet objectif, les étudiants ont décomposé cette empreinte carbone en quatre secteurs – alimentation, transport, logement, biens & services -, choisis car ils couvrent la plupart des aspects de la vie humaine. Ils arrivent ainsi à un résultat moyen par personne en Suisse de 11,6 tonnes d’équivalent CO2 par an. Le secteur des biens et services et le secteur des transports contribuent chacun à 30% des émissions totales, et le chauffage des habitations à 12,5%. Le secteur des biens et services contient des catégories dont les émissions sont difficiles à réduire, comme la santé. Certaines catégories peuvent par contre bénéficier d’un changement de mode de vie, comme l’habillement et la consommation de produits numériques. Ces actions et leurs calculs détaillés seront publiés prochainement sur le site de Climpact.

Boire de l’eau bouteille pendant une année produit plus d’émissions carbone qu’un voyage en avion de Genève à Barcelone.

Alexis Barrou, Edouard Cattin et Blanche Dalimier, étudiants en section SIE et lauréats du Prix Durabilis

Le jury du prix a vu dans ce projet une « estimation méticuleuse et pertinente de l’empreinte carbone du consommateur moyen en Suisse et du potentiel d’une cinquantaine d’options de consommation pour réduire cette empreinte ».

Ces trois travaux primés montrent bien la nécessité d’aborder les problèmes « de manière multi-dimensionnelle et systémique », a souligné Augustin Fragnière. Leur présentation a été précédée, le jour de la remise des prix, d’une conférence tout à fait en phase avec le sujet par Klaus Schönenberger, directeur du Centre Essential Tech. Sa présentation, très inspirante pour de jeunes ingénieures et ingénieurs, a montré à quel point l’interdisciplinarité est indispensable pour que l’innovation puisse répondre à des impératifs de développement durable, de justice sociale et de paix.

Author(s): Emmanuelle Marendaz Colle
Importé depuis EPFL Actu